"Valoriser l’échec" : ils sont sérieux ou c’est une blague ?
"On apprend de ses erreurs, donc il faut valoriser l’échec." Chacun de nous la voit 3 fois par jour sous une forme ou une autre sur LinkedIn ou ailleurs, alors ce message est relayé : 5000 fois par mois ? Assez pour devenir une vérité absolue que personne ne questionne je trouve.
La logique est la suivante : vous allez voir c'est divertissant, ne zappez pas, suivez bien !
1) Apprendre, c’est bien.
2) On apprend de ses erreurs.
= L’erreur, c'est bien.
Vous avez trouvé l’erreur ?
Ce raisonnement est bancal, c’est un sophisme.
Démonstration pour ceux qui doutent, mais surtout explorons en quoi c'est fumeux et dangereux.
Ce n’est pas l’échec en lui-même qui est bénéfique, mais l’analyse et la correction qui en découlent. L’échec seul ne garantit rien. Un échec mal interprété peut même ancrer de mauvaises stratégies et mener à plus d’échecs.
Prenons deux élèves en mathématiques :
- Le premier fait une erreur, sans retour clair, son échec l’enferme.
- Le second fait une erreur, comprend pourquoi, ajuste et progresse. Ce n’est pas l’échec qui l’a fait progresser, mais son analyse.
Et quand d'autres posts vous expliquent qu'il ne faut pas comprendre les problèmes mais se focaliser sur les solutions. Et d'autres encore qui vous expliquent que pour progresser il ne faut pas se focaliser sur ce qui ne va pas, mais montrer à la personne ce qu'elle fait de bien, pour qu'elle le reproduise encore et encore car c'est ainsi que l'on atteint l'excellence... Le compte est bon !
Soyez pas triste, c'est mon prochain article.
Autre problème majeur : on oublie le coût de l’échec.
Certains échecs coûtent cher en temps, en énergie, en confiance, etc. :
- Un entrepreneur qui fait faillite sans tirer de leçon ne progresse pas.
- Un étudiant qui échoue à bien s'orienter sans comprendre pourquoi ne sait plus où il en est.
Les gens qui répètent "Valorisez l’échec" sont-ils ceux qui en subissent les conséquences ?
On apprend autant en comprenant ce qui fonctionne, qu’en identifiant ce qui ne marche pas.
Mais alors comment se sortir de toutes ces injonctions ?
Déjà, arrêtez d'écouter ceux qui racontent trop de bêtises, c'est un bon début, et ensuite, questionnez les propos.
L’apprentissage ne se fait pas en glorifiant l’échec, mais en développant la capacité d’analyse et d’adaptation.
Dans l’apprentissage, le coaching, l’entreprise, se focaliser sur les erreurs est contre-productif, mais il est essentiel de les comprendre :
1) on identifie les problèmes.
2) on analyse
3) on formule des recommandations et des pistes de solution
4) on les met en œuvre
5) on analyse les résultats
6) on reprend la boucle
Et ce que je décris là, c'est basique dans une démarche d'optimisation.
L’échec est une donnée à analyser, pas une valeur à célébrer.
Ce n’est ni un diplôme, ni une vertu, ni un passage obligé.
C'est une information, un feedback, et une information mal exploitée est inutile.