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L'exigence n'est pas négociable !

À propos de l’auteur

Formé, mais éternel étudiant des fonctionnements humains et organisationnels, il articule depuis plus de 30 ans psychologie du travail, ergonomie, philosophie, psychanalyse et coaching, au service d’une compréhension systémique et transdisciplinaire du travail et de l’épanouissement. Il publie en open science sur les enjeux d'orientation, de santé mentale et de qualité de vie au travail (QVT), à travers une approche ancrée dans les sciences sociales — notamment le Max-out et l’Orientation Professionnelle Désassignée. 👉 Cliquez pour accéder à : Toutes les publications

Depuis qu’il est né, Auguste, 3 ans et demi, est quasiment privé d’écrans par ses parents. “Privé” ? Non mais sérieusement ?

C’est le mot employé dans un témoignage récent : “privé d’écrans”.
Et rien que ce mot dit déjà beaucoup. Il révèle la façon dont notre société considère les écrans : non pas comme un outil, mais comme une évidence, une norme indispensable. Au point que, si un enfant n’est pas exposé dès la petite enfance, on parle de privation, comme s’il lui manquait quelque chose de vital.

Posons-nous la question. On parle d’un enfant de 3 ans et demi. Un âge où l’essentiel se construit par l’interaction humaine, la manipulation concrète, l’exploration sensorielle, le jeu libre. Depuis quand ne pas mettre un écran devant un tout-petit serait une privation ? Et pourquoi cette simple décision parentale génère-t-elle autant d’incompréhension, voire des conflits familiaux ?

Parce que derrière les écrans se jouent des enjeux bien plus profonds.

Quand le vocabulaire trahit notre rapport aux écrans

Dire qu’un enfant est “privé” d’écrans, c’est sous-entendre qu’il y a là un droit, un accès naturel, presque un besoin vital. On ne dit pas qu’un enfant est “privé de cigarettes” ou “privé de boissons énergisantes”. Mais pour les écrans, le glissement est là. Parce que l’écran s’est installé comme toile de fond de nos vies d’adultes, on projette qu’il doit être le même pour nos enfants.

Or, les données scientifiques nous rappellent qu’avant 3 ans, l’exposition régulière peut nuire au sommeil, à l’attention, au développement du langage et à la régulation émotionnelle. Écarter l’écran à cet âge n’est donc pas une privation, c’est une protection.

Un choc de valeurs dans les familles

Dans l’article, le témoignage va plus loin : des grands-parents ont mis la télé alors que les parents avaient clairement exprimé leur souhait de limiter les écrans. Et ça s’est terminé en dispute. Ce n’est pas qu’un problème d’écran, c’est un problème de territoire éducatif et de reconnaissance.

D’un côté, des parents qui s’appuient sur des études et choisissent une règle stricte, car ils veulent donner à leur enfant ce qu’ils estiment être le meilleur. De l’autre, des grands-parents qui voient cette règle comme un excès, une rigidité inutile. Parce que dans leur propre enfance, la télé était partout et n’était pas perçue comme dangereuse.

On touche ici à un mécanisme profond : remettre en cause les écrans dans un foyer, c’est aussi remettre en cause des habitudes culturelles et des souvenirs familiaux. Cela peut être vécu comme un jugement sur la manière dont la génération précédente a éduqué.

Le vrai sujet : protéger ou surprotéger ?

Certains objecteront que l’excès inverse existe : une peur démesurée des écrans qui devient anxiogène pour l’enfant et pour l’entourage. Oui, on peut tomber dans un contrôle si strict qu’il prive l’enfant de certaines expériences. Mais on ne peut pas mettre sur le même plan la restriction d’un outil non vital et la privation de besoins fondamentaux comme le lien humain, le jeu ou la créativité.

Parler de “privation” dans ce contexte brouille complètement le débat. La vraie question est ailleurs : comment accompagner les enfants pour qu’ils développent une relation équilibrée aux écrans, adaptée à leur âge et à leur maturité ? Comment expliquer nos choix à nos proches pour éviter les conflits ? Comment accepter que des règles éducatives différentes ne soient pas une attaque personnelle, mais un autre chemin ?

Un appel à changer notre grille de lecture

Au lieu de juger ces parents, ou de les qualifier d’extrémistes, on gagnerait à réfléchir à la facilité avec laquelle nous avons intégré l’écran dans nos vies. Si un simple refus devient une privation, c’est que nous avons déjà oublié qu’un enfant peut grandir très bien sans écran, surtout dans ses premières années.

Plutôt que de se battre autour de la télé familiale, on pourrait recentrer la discussion sur ce dont un enfant a réellement besoin : de parler, de jouer, d’explorer, de s’ennuyer parfois pour développer sa créativité. Et si cela signifie passer moins de temps devant un écran, c’est moins une privation qu’un choix éducatif assumé.

la source : https://www.franceinfo.fr/societe/education/temoignages-il-a-force-notre-fils-a-regarder-la-tele-quand-l-interdiction-des-ecrans-pour-les-jeunes-enfants-tourne-au-conflit-familial_7336590.html

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