Télétravail : quand la flexibilité devient disponibilité permanente
Le télétravail a des conséquences que vous n’imaginez pas. Et elles ne sont pas positives.
Extrait de mon manuscrit en cours de finalisation, consacré à la cohésion et à l’intelligence collective à l’heure de la coercition émotionnelle.
Face à l'intensification documentée du travail et à la porosité entre vie professionnelle et vie personnelle, et pour répondre à la difficulté croissante à maintenir cet équilibre présenté comme un indicateur d’épanouissement, les entreprises ont promu la flexibilité comme solution privilégiée pour maintenir leur image : télétravail généralisé, horaires variables négociables, work-life balance personnalisé.
Cette autonomie accordée semble répondre aux aspirations contemporaines et témoigner d'une attention réelle au bien-être des collaborateurs.
Mais cette solution porte en elle les mécanismes mêmes de son échec.
Cette flexibilité a l’effet inverse sur sa capacité de déconnexion car elle est utilisée pour optimiser son exploitation : les interdépendances organisationnelles créées par la surspécialisation et les mécanismes de validation croisée le maintiennent en lien opérationnel constant avec ses collègues.
Il travaille plus efficacement en adaptant ses horaires à ses pics de productivité, s'adapte en permanence aux sollicitations multiples, compense les dysfonctionnements systémiques par un surinvestissement personnel qui devient invisible car effectué en dehors des horaires standards.
L'individu répond aux messages le soir, valide des documents le week-end, participe à des réunions en décalé. La flexibilité spatiale et temporelle se transforme ainsi en disponibilité élargie : l'organisation gagne en surface de contact sans perdre en intensité de mobilisation.
Son autonomie devient l'instrument même de sa propre aliénation en créant les conditions de sa disponibilité permanente et en installant la contrainte au cœur même de la liberté.