Le questionnement est un levier de construction identitaire
Au même titre que l’orientation dans son ensemble, le questionnement contribue à la construction identitaire, non pas en fixant certains éléments évoqués, mais en rendant possible un récit plus clair, cohérent, évolutif et possessif. Il ne s’agit pas de découvrir un soi caché, mais d’élaborer une version de soi représentative de sa propre réalité, suffisamment consistante pour permettre l’action, et suffisamment souple pour rester ouverte à l’évolution, actuelle et future.
Les travaux en psychologie narrative (Bruner, 1991 ; McAdams, 1993) ont montré à quel point nos récits identitaires se structurent autour des questions que l’on se pose à soi-même, ou que l’on nous a aidés à poser. Dans une orientation équilibrée, les questions les plus fécondes sont souvent celles qui échappent à l’utilité immédiate et primaire : « qu’est-ce qui ferait que tu ne regrettes pas ton choix, même s’il échouait ? », « quelle part de toi serait restée insatisfaite si tu n’avais pas tenté cela ? », « quel regard aimerais-tu porter sur ton parcours dans dix ans ? ».
Ces questions n’ont pas de bonnes réponses, mais elles déplacent les repères, elles forcent à penser autrement, au sens de la vie pour l’individu, et c’est précisément ce déplacement qui permet à l’élaboration identitaire de se faire dans un rapport actif à l’incertitude, mais surtout en rapport avec la réalité du monde. Le questionnement n’est donc ni une simple méthode d’entretien ni un outil de guidage indirect.
C’est un acte éminemment politique, psychologique, développemental au sens où il engage une certaine conception de l’individu, de l’évolution, de l’accompagnement et du choix. Il peut renforcer la dépendance ou activer l’autonomie, flatter ou confronter, conforter les stéréotypes ou les déconstruire. Il incarne ce point d’articulation subtil où se rejoignent la posture, le discours, et l’éthique professionnelle. Là où tout s’articule, et là où tout implique.