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L'exigence n'est pas négociable !

À propos de l’auteur

Formé, mais éternel étudiant des fonctionnements humains et organisationnels, il articule depuis près de 25 ans psychologie du travail, ergonomie, philosophie, psychanalyse et coaching, au service d’une compréhension systémique et transdisciplinaire du travail et de l’épanouissement. Il publie en open science sur les enjeux d'orientation, de santé mentale et de qualité de vie au travail (QVT), à travers une approche ancrée dans les sciences sociales — notamment le Max-out et l’Orientation Professionnelle Désassignée. 👉 Cliquez pour accéder à : Toutes les publications

Substitution de l'éducation parentale par les séries pour ados est désormais recommandée par les médias

Voilà les titres : "Après « Adolescence » au collège, dix autres séries intelligentes à faire voir aux ados"

le lien ici : https://www.20minutes.fr/diaporama/diaporama-4157764-apres-adolescence-college-dix-autres-series-intelligentes-faire-voir-ados

je cite : "Les séries sont devenues aujourd’hui de précieux outils pour aborder des sujets de société avec les jeunes."

Nous assistons ici à une dérive particulièrement inquiétante.

Faut-il montrer Adolescence aux collégiens ? Et après elle, encourager la diffusion de séries dites “intelligentes” auprès des adolescents pour aborder les sujets sensibles ?
La question est posée dans de nombreux articles, recommandations pédagogiques et discours publics.

À première vue, l’intention paraît positive : mieux vaut que les jeunes voient, entendent, s’identifient, plutôt que d’être tenus dans l’ignorance. La fiction devient alors un moyen d’approcher des thèmes complexes. Et facilite l'approche du sujet par les parents.

Mais cette logique, si elle n’est pas interrogée, masque une autre réalité : nous assistons à un déplacement continu et silencieux de la responsabilité éducative. Ce qui se met en place, sous couvert de modernité ou d’ouverture, c’est une éducation scénarisée, détournée, déparentalisée et déresponsabilisée.

La série, nouveau support pédagogique ?

De plus en plus de médias présentent des listes de séries “à faire voir aux ados”, comme des solutions douces pour aborder les thèmes difficiles : harcèlement, sexualité, identité, violence, mal-être.
L’article de 20 Minutes sur « Dix séries intelligentes à faire voir aux ados » illustre parfaitement cette tendance.

Ces recommandations s’appuient sur une idée implicite : montrer la fiction suffirait à déclencher une prise de conscience.
Mais cette croyance inverse le sens de la démarche éducative. Montrer n’est pas transmettre. Visionner n’est pas comprendre.
Et surtout : une série n’est pas neutre.

Ce que fait une série : exagérer, simplifier, imposer un point de vue

Une série n’a pas pour fonction de refléter fidèlement le réel. Elle cherche à captiver. Pour cela, elle accentue les conflits, dramatise les situations, pousse les personnages dans des extrêmes émotionnels.

Dans ce cadre, ce qui est montré devient souvent ce qui est perçu comme représentatif.
La famille est présentée comme source de tension. Les adultes sont inefficaces ou absents. L’école est violente ou impuissante. Les relations amoureuses sont définies par la rupture, la pression ou la peur.

Ces choix narratifs ont un effet. Ils finissent par construire des attentes implicites sur ce qui est normal, sur ce qu’il faut redouter, sur la manière dont une vie doit se dérouler.

Ce que voient les adolescents : des récits qu’ils absorbent sans toujours les remettre en question

L’adolescence est une période de construction. C’est aussi une période de fragilité, d’intensité émotionnelle et de recherche de repères.
Les neurosciences ont montré que le cerveau adolescent est particulièrement réceptif aux images marquantes, aux situations fortes, aux récits identifiables.

Mais ce n’est pas parce qu’un adolescent comprend ce qu’il voit qu’il est en mesure d’en saisir les limites ou d’en discuter le sens.
Ce qu’il voit, il peut le garder en lui sans recul. Ce qu’il ressent, il peut le prendre pour une vérité.

La fiction devient alors un filtre à travers lequel il juge les autres, les adultes, et parfois lui-même.

Ce que les adultes laissent faire : déléguer sans s’en rendre compte

Le plus préoccupant n’est pas dans les séries elles-mêmes, mais dans l’usage qu’on en fait.
Lorsqu’on s’en remet à elles pour aborder des sujets, sans préparation, sans discussion réelle, on glisse peu à peu vers une forme de démission éducative.

Le parent regarde de loin, le professeur montre quelques extraits, le jeune regarde seul ou entre pairs. Et le récit imposé par la série prend la place du dialogue, de l’interrogation, du doute.

Il n’y a plus personne pour dire : ce que tu viens de voir, ce n’est pas une vérité. C’est une mise en scène.
Or c’est cela, éduquer : proposer un cadre, nommer ce qui se joue, éviter que la fiction remplace la réalité.

Ce qu’il faudrait retrouver : le temps de parler, d’expliquer, de contredire

Il ne s’agit pas d’interdire les séries. Ni de rejeter la fiction.
Mais de rappeler que ce n’est pas elle qui éduque. Ce sont les adultes qui donnent sens à ce qui est vu. Ce sont les échanges qui permettent de comprendre. Ce sont les contradictions qui apprennent à penser.

On peut utiliser une série, mais à condition de ne pas s’en contenter.
Ce qu’elle raconte est un une certaine vision extrémisée, pas une conclusion.
Et cela suppose du temps, de la présence, des mots, une capacité à écouter, à analyser et à expliquer dans la nuance.

Conclusion

Laisser les séries s’installer comme supports éducatifs par défaut, c’est prendre un risque : celui d’abandonner les adolescents à des récits auxquels ils croient parfois plus qu’on ne l’imagine. L'état déresponsabilise déjà suffisament les parents à beaucoup de niveaux.

Une société qui remplace la parole adulte par des épisodes de fiction, même bien faits, prend le risque d’une fracture silencieuse.
L’éducation ne peut pas être déléguée à des plateformes. Ce n’est ni leur rôle, ni leur responsabilité.

Ce que vivent les jeunes, ce qu’ils pensent, ce qu’ils redoutent ou cherchent à comprendre, mérite mieux que des images caricaturales.
Cela mérite des relations, des échanges, des contradictions, et des adultes qui assument de penser avec eux, au lieu de penser à leur place.



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