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L'exigence n'est pas négociable !

À propos de l’auteur

Formé, mais éternel étudiant des fonctionnements humains et organisationnels, il articule depuis près de 25 ans psychologie du travail, ergonomie, philosophie, psychanalyse et coaching, au service d’une compréhension systémique et transdisciplinaire du travail et de l’épanouissement. Il publie en open science sur les enjeux d'orientation, de santé mentale et de qualité de vie au travail (QVT), à travers une approche ancrée dans les sciences sociales — notamment le Max-out et l’Orientation Professionnelle Désassignée. 👉 Cliquez pour accéder à : Toutes les publications

Épuisement émotionnel et professionnel : la fatigue invisible de se faire bien voir au travail

La fatigue est encore majoritairement pensée en termes de charge ou de management toxique. Trop de tâches. Trop de pression. Trop d’intensité. Trop d’exigences, etc.

Cette lecture explique certaines situations.
Elle passe à côté d’une forme d’épuisement centrale, beaucoup plus interne et constante.

Une fatigue qui ne vient pas de ce qu’il faut faire.
Une fatigue qui vient de qu'il faut "montrer".

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De nombreuses personnes ne me décrivent pas un débordement permanent. Elles décrivent une situation plus étrange.

Elles travaillent.
Elles tiennent leurs objectifs.
Elles sont investies.

Et pourtant, ce n’est pas l’activité qui épuise le plus.
C’est la nécessité de rester stable, émotionnellement et identitairement, dans un contexte où rien ne se stabilise réellement.

Elles ne disent pas :
« Je n’en peux plus de travailler. »

Elles disent plutôt :
« Je n’arrive plus à tenir. »

Et ici, beaucoup pensent que tenir renvoie à la charge, c'est attendu et compréhensible, mais lorsque l'on creuse, c'est tenir autre chose qui épuise.

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Ce que les dispositifs actuels regardent mal

Les réponses institutionnelles à l'épuisement sont souvent structurées autour de trois axes :

• Prévenir le stress
On propose des ateliers, de la respiration, des formations à la gestion du stress, alors que la source principale reste souvent lié à l’instabilité des priorités, l’urgence permanente ou un style de management.

• Renforcer les ressources individuelles
On parle de résilience, d’outils personnels, de gestion du temps, alors que la personne est déjà en sur adaptation et dépense son énergie à rester irréprochable.

• Améliorer le bien être perçu
On ajoute des actions “qualité de vie”, alors que l’usure provient surtout d’attentes implicites, de contrôle diffus et de la nécessité de rester bien vu.

Ces approches partent du principe que le sujet subit une pression excessive. Elles cherchent donc à l’aider à mieux y faire face.

Le problème, c’est que dans de nombreuses situations, la pression n’est pas vécue comme une contrainte explicite. Elle est intériorisée, normalisée, intégrée au fonctionnement quotidien.

La personne ne lutte pas contre son environnement.
Elle cherche à y rester compatible.

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La fatigue de la recevabilité

Ce que j’observe de manière récurrente, c’est une fatigue liée à la production continue d’une posture émotionnelle acceptable.

Il faut :

* rester engagé sans être débordé
* montrer de la motivation sans excès
* absorber l’incertitude sans la faire peser
* montrer qu'on est débordé juste ce qu'il faut mais qu'on gère
* afficher une cohérence constante malgré des injonctions mouvantes

Cette dépense émotionnelle et cognitive est rarement reconnue comme telle.

Elle n’est pas pensée, pas mesurée.
Elle est pourtant permanente.

La personne ne s’épuise pas à travailler.
Elle s’épuise à rester lisible et visible.

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Pourquoi cette fatigue est difficile à nommer

Cette forme d’épuisement pose un problème particulier : elle ne correspond pas aux signaux habituels.

La personne n’est pas désengagée.
Elle n’est pas en rupture.
Elle n’est pas en retrait.

Au contraire, elle est souvent très impliquée.

C’est précisément ce qui rend la situation complexe.
Le sujet ne peut pas dire qu’il souffre sans mettre en danger la cohérence qu’il maintient.

Reconnaître cette fatigue reviendrait à admettre que la stabilité affichée est coûteuse. Or cette stabilité est souvent ce qui permet de tenir sa place.

Le coût est donc supporté en silence.

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Ce qui est unique lors de mes accompagnements et basé sur mes travaux de recherches :

Je ne travaille pas à “mieux gérer le stress”.
Je ne cherche pas à renforcer la résilience individuelle.
Je ne propose pas de techniques pour tenir plus longtemps.

Ces réponses peuvent soulager ponctuellement.
Elles laissent intact le cœur du problème.

Renforcer la capacité à tenir revient souvent à augmenter la dépense, pas à la réduire.

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Ce que je regarde en priorité

Je m’intéresse à ce que la personne doit produire pour rester acceptable dans son contexte de travail.

* Quelle émotion est attendue ?
* Quelle posture est valorisée ?
* Quelle incohérence est tolérable ?
* Quelle fragilité ne peut pas être montrée ?
* etc.

Ces éléments ne sont presque jamais formulés explicitement.
Ils sont pourtant parfaitement intégrés.

La personne sait très bien ce qui passe et ce qui ne passe pas. Elle ajuste en permanence.
Elle travaille la perception de l'autre en amont. Elle travaille sa recevabilité.

C’est cet ajustement continu qui épuise profondément.
Demandez-vous : Me suis-je comporté comme chez moi aujourd'hui au bureau ? Qu'elle est l'image de moi que j'ai voulu préserver tout au long de la journée ? Qu'est-ce que cela m'a fait ?

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Le déplacement opéré en accompagnement

Le travail consiste à desserrer l’obligation de cohérence permanente et de maintien d'une image de soi recevable.

Quand ce niveau est rendu visible, plusieurs choses deviennent possibles :

* la personne cesse de s’auto-accuser
* certaines exigences intériorisées peuvent être questionnées
* des marges de manœuvre apparaissent là où il n’y en avait pas

Il ne s’agit pas de provoquer une rupture.
Il s’agit de réduire une dépense invisible devenue excessive.

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Quand l’épuisement change de visage

À ce stade, quelque chose devient clair pour la personne.

Ce qu’elle vit n’est pas un manque de ressources.
Ce n’est pas une fragilité personnelle.
Ce n’est pas une incapacité à faire face.
C'est un problème qui vient de l'extérieur, auquel on tente de remédier par l'intérieur.

C’est une surcharge liée à une production silencieuse continue, rarement reconnue comme telle.

Cette prise de conscience ne guérit pas tout.
Elle change profondément le rapport à la situation.

L’épuisement cesse d’être pensé et vécu comme une défaillance individuelle dans un contexte individuel.
Il devient lisible comme un effet de l'auto-contrainte.

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Pourquoi cette lecture est unique

Cette manière de travailler modifie profondément mes accompagnements car elle permet :

* de sortir des injonctions à l’adaptation, la performance
* de réduire la culpabilité liée à la fatigue
* de rouvrir des espaces de choix là où tout semblait figé

Elle ne promet pas un mieux-être immédiat.
Elle rend la situation à nouveau pensable, dans le cadre d'ajustements émancipateurs.

Et c’est souvent la première condition pour que quelque chose change réellement.

Cette finesse d'accompagnement est basé sur mon travail de recherche, (c'est un texte technique qui n'est pas vulgarisé, pour un public averti) disponible en open science sur zenodo : https://zenodo.org/records/18336819

 

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