Le travail a changé. Mais leurs cadres pour penser son réel et sa souffrance ? Et je ne parle pas de décrire, je parle de théoriser.
On peut décrire de bien des manières une pomme qui tombe. Ce qui compte c'est d'expliquer pourquoi.
Il ne faut pas confondre la description avec l'explication des mécanismes. Or il semblerait que ce soit devenu la norme, y compris chez les têtes couronnées.
Le syndrome de la Ligne Maginot en santé au travail. J'ai une peur, et je vais vous la partager.
J'ai peur que nous soyons en train de perdre la guerre de la santé mentale parce que nous combattons avec les cartes distribuées entre 1970 et 2000.
Mais pourquoi "tenir" à un jeu de carte, s'il en manque ? Et surtout pourquoi continuer de l'utiliser ?
Toute une génération d'experts a été formée selon un cadre d'impensé.
Mais pendant qu'ils bâtissaient cette circularité théorique pour sois disant protéger le collectif et l'humain... Bah que doit-on en conclure quand les chiffres de mal être progressent ?
Revenons à la genèse, bah oui d'abord on "trouve" un concept censé expliquer, ensuite on crée un courant de pensée, puis on s'insére dans une formation et enfin on crée des accompagnements spécifiques et voilà !
Sauf qu'entre temps, le système, lui, n'a pas attendu, il a muté.
Aujourd'hui, l'organisation pathogène ne se contente plus d'imposer des cadences ou de nier le travail réel.
Elle fait beaucoup plus fort : elle recrute notre désir.
Elle instrumentalise notre envie de "bien faire".
Elle hack notre besoin de validation (scolaire).
Elle transforme notre "conscience professionnelle" en carburant inépuisable pour notre auto-aliénation.
C'est ce que j'appelle le Max-out.
Le drame ?
Les outils classiques de la prévention ne voient pas ce phénomène.
Pourquoi ? Parce que le Max-out ne ressemble pas à de la souffrance habituelle et que les "signaux" peuvent provenir de pleins d'autres choses sur lesquelles on est très fort pour construire l'histoire qui va bien.
Le Max-out ressemble aux effets "naturels" ou "normaux" de l'engagement. Il ressemble à de la passion. Il ressemble à un "salarié" qui prend son travail à coeur. Aprés tout il doit mériter son salaire.
Tant que nous refuserons d'analyser cette complicité construite entre l'individu (conditionné à l'école) et le système (qui l'exploite), nous soignerons des symptômes, pas le mal. Et nous continuerons à penser la clinique du travail enfermée dans son bocal théorique.
Nous regardons la ligne de front de la "tâche", alors que l'ennemi est déjà passé par l'arrière, directement dans notre "Idéal du Moi".
Protéger un cadre de pensée n'aide pas à regarder à côté car cela implique beaucoup de choses du point de vue identitaire. Admettre ses lacunes, qu'on a pas tout vu, pas tout compris.
Pourtant ce qui fait avancer la compréhension n'est jamais de tout penser par un seul cadre.
Une théorie cesse d’être un outil utile quand sa défense devient plus importante que ce qu’elle permet encore de voir.