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L'exigence n'est pas négociable !

À propos de l’auteur

Formé, mais éternel étudiant des fonctionnements humains et organisationnels, il articule depuis près de 25 ans psychologie du travail, ergonomie, philosophie, psychanalyse et coaching, au service d’une compréhension systémique et transdisciplinaire du travail et de l’épanouissement. Il publie en open science sur les enjeux d'orientation, de santé mentale et de qualité de vie au travail (QVT), à travers une approche ancrée dans les sciences sociales — notamment le Max-out et l’Orientation Professionnelle Désassignée. 👉 Cliquez pour accéder à : Toutes les publications

Formation à l’accompagnement professionnel : posture éthique à l’épreuve des effets

Une posture qui se fonde sur l’éthique ou le principe moral sans rendre ses effets discutables, et notamment l’influence, protège la pratique d’accompagnement, mais ne protège pas nécessairement les personnes. Notre objet a été d’en explorer la logique et les contours afin de poser une charte d’accompagnement équilibrée et émancipatrice, c’est-à-dire une charte qui place au centre le questionnement sur ce qu’elle produit dans les scènes réelles, à froid, sur l’objet même de l’accompagnement.

Vous formez des accompagnants, vous leur enseignez la posture, l’écoute active, la présence bienveillante, le questionnement ouvert, et vous leur apprenez à « cheminer avec », à « se mettre à côté », à « créer un espace de réflexivité » où la parole peut se déposer sans contrainte. Sur l’intention, rien à redire, et je n’ai aucune raison de suspecter une mauvaise foi là où il peut simplement y avoir une tradition professionnelle, des habitudes pédagogiques, et un horizon éthique cohérent.

Je vous pose donc une question strictement professionnelle, parce qu’elle porte sur l’objet même de ce que vous transmettez : où est votre procédure de vérification à froid, publiable et critiquable, sur les scènes travaillées ? C’est-à-dire vos éléments vérifiables, suivis dans le temps, sur ce que cette posture change réellement dans les scènes concrètes de vie des personnes accompagnées, au delà de la qualité relationnelle telle qu’elle est vécue sur le moment et du réconfort momentané. Je ne parle pas des témoignages de satisfaction ni des retours sur la qualité de la relation ni des bilans à chaud où l’on se sent mieux parce qu’on s’est senti entendu. Je parle d’effets durables : combien, trois mois après, six mois après, ont durablement cessé de reproduire les scènes qui les mettaient en difficulté ? Combien ont rendu optionnels les scripts qui les enfermaient ? Combien ont rouvert des options de conduite dans leur travail, leur famille, leur couple, sans payer le même prix à chaque fois ?

Vous formez depuis dix ans, vingt ans parfois. Vous avez formé des centaines de professionnels, ces professionnels ont accompagné des milliers de personnes, et ils deviennent eux-mêmes formateurs. La posture se reproduit, se diffuse, se stabilise comme norme. À cette échelle, l’absence de procédure de vérification des effets n’est pas un détail technique, c’est une propriété structurelle du cadre. Le sujet n’est pas que vous n’ayez pas vraiment prouvé l’efficacité du cadre. Le sujet est que votre cadre organise l’impossibilité de devoir prouver.

Cette absence produit un effet structurel : elle permet à une posture d’être moralement irréprochable tout en restant difficile à contester sur ses effets et cette difficulté devient alors une propriété du cadre lui-même, pas une limite ponctuelle. Et si cette difficulté à contester est présentée comme une qualité — au nom de la singularité, de la « justesse située », ou du refus d’une prétendue normativité — alors on obtient un cadre qui peut être éthiquement exemplaire dans ses formulations tout en étant opératoirement protégé contre l’exigence la plus élémentaire : savoir ce qui change réellement, dans quelles scènes, et à quel coût.

Je ne prétends pas, dans ce texte, apporter une preuve empirique finale de supériorité d’une méthode. Je pointe une chose plus simple et plus grave : lorsqu’un cadre refuse par principe de discuter ses effets sur l’objet, il rend impossible la preuve qu’il réclame pourtant à d’autres champs. À l’inverse, je propose une charte qui rend cette discussion obligatoire et qui s’expose volontairement à l’ajustement, la critique, l’évaluation.

Ce que nous accompagnons sont des émotions loin de simples réactions internes. Elles se stabilisent dans des scripts appris, consolidés au fil d’histoires interactionnelles, et elles organisent très concrètement ce qu’une personne s’autorise à faire ou n’ose plus faire dans certaines scènes. Face à une même situation, des personnes différentes produisent des émotions opposées parce qu’elles activent des scripts différents, conformisés autour d’enjeux identitaires, statutaires, existentiels subjectifs.

Ces scripts ont une conséquence directe : ils ferment des options de réponse, ils rendent certaines conduites coûteuses, ils fabriquent des évidences, et ils font tenir des contraintes sous la forme d’un « je ne peux pas » qui n’est pas une déclaration d’humeur, mais une architecture de coût.

La posture centrée sur la présence et l’accueil peut soulager, stabiliser, offrir un sas, permettre une mise en sens qui baisse la charge. Je ne nie pas cela. Mais si elle s’interdit, par principe, de travailler sur le script comme objet de transformation — si elle sacralise l’effacement, le non-savoir, la justesse relationnelle, et si elle transforme l’absence de critère vérifiable en vertu — alors elle améliore le confort dans la scène sans garantir un déplacement durable de la scène.

Rendre un script optionnel exige des opérations précises : identifier ce qui tient l’impasse, analyser ce qui reconduit la scène, proposer des alternatives discutables, et vérifier à froid ce qui a effectivement bougé dans le réel. Autrement dit : ce que la personne peut faire maintenant qu’elle ne pouvait pas faire avant, avec un coût durablement réduit.

Sans suivi à froid, vous confondez logiquement trois choses qui n’ont pas le même statut :

·       Un mieux-être immédiat

·       Une satisfaction liée à la qualité relationnelle

·       Une transformation durable des conduites possibles dans des scènes concrètes

L’apaisement peut être utile, la relation peut être soignante au sens ordinaire, la mise en sens peut être un levier. Mais si l’on ne veut pas confondre, il faut accepter l’idée simple qu’un cadre d’accompagnement n’est pas seulement un cadre moral : c’est une influence, donc il doit être évalué comme une influence, c’est-à-dire sur ses effets.

Si vous formez, vous avez une responsabilité : vérifier que ce que vous transmettez produit des effets durables sur l’objet annoncé, et pas seulement une amélioration du vécu ponctuel. Ces deux objets : soulagement ponctuel et transformation durable, n'ont pas le même statut, ne requièrent pas les mêmes compétences, et ne devraient pas être présentés comme équivalents.

J’ai publié un texte complet sur ce sujet. J’y analyse la structure logique de la posture vide, pourquoi la présence ne suffit pas, comment la posture devient un refuge moral lorsqu’elle refuse des critères d’effets discutables, et quel cadre concret permet de passer de l’apaisement à l’émancipation sans opacité, sans sacralisation, et avec une exigence explicite : ce qui change doit pouvoir se constater à froid sur le temps long, sinon on ne sait pas ce que l’on produit, et l’on ne peut pas répondre de ce que l’on engage.

Cette charte fixe des critères vérifiables et discutables. Elle n’est pas une preuve en soi. Elle vise à rendre possibles l’évaluation et l’ajustement à partir de retours à froid sur les scènes travaillées. Cette charte appelle explicitement à être éprouvée empiriquement dans les années qui viennent, selon les protocoles de suivi qu’elle fixe.

Voici les deux textes : 

Critique de la posture d'accompagnement comme norme morale

Charte d'accompagnement équilibré et émancipateur

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