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L'exigence n'est pas négociable !

À propos de l’auteur

Formé, mais éternel étudiant des fonctionnements humains et organisationnels, il articule depuis près de 25 ans psychologie du travail, ergonomie, philosophie, psychanalyse et coaching, au service d’une compréhension systémique et transdisciplinaire du travail et de l’épanouissement. Il publie en open science sur les enjeux d'orientation, de santé mentale et de qualité de vie au travail (QVT), à travers une approche ancrée dans les sciences sociales — notamment le Max-out et l’Orientation Professionnelle Désassignée. 👉 Cliquez pour accéder à : Toutes les publications

🔍 Comment aider un enfant #HPI à mieux se connaître ?

Ceci est un article miroir, visant à rétablir la nuance sur certaines publications que l'on peut trouver sur Internet.

J’ai lu aujourd’hui un post qui affirme qu’un enfant HPI, lorsque son « faux-self est bien installé », oublie qui il est, perd contact avec son vrai-self, et aurait besoin qu’on l’aide à le « retrouver ».
Des leviers sont proposés pour l’y aider, avec bienveillance.

Mais posons calmement les questions de fond, car ce genre de formulations peut inquiéter à tort, brouiller les repères du normal et de la pathologie, et orienter les parents vers de fausses pistes.

 

❓ Un "faux-self bien installé" : ça veut dire quoi, exactement ?

Le terme de faux-self est issu du travail de Donald Winnicott. Il ne s’agit pas d’un masque social ordinaire, mais d’un mécanisme de défense profondément enraciné, mis en place par certains nourrissons confrontés à une absence de réponse à leurs besoins émotionnels précoces.
Il s’agit d’un diagnostic clinique grave, pas d’un trait de caractère.

👉 Chez les enfants HPI, on observe parfois une forme de surajustement social : ils s’adaptent, se retiennent, veulent bien faire. Cela peut les fatiguer, mais cela ne signifie pas qu’ils ont perdu leur identité.

 

❓ Peut-on vraiment "oublier qui l’on est" ?

Non. Le "vrai-self" n’est pas une entité fixe qu’on perdrait comme un trousseau de clés.
L’identité se construit dans le temps, par essais, erreurs, ajustements.
Personne n’a une version unique et définitive de lui-même, surtout pas un enfant en construction.

👉 Dire qu’un enfant a « oublié qui il est » donne l’illusion d’un état pathologique invisible, inquiétant… et souvent impossible à objectiver cliniquement.

 

❓ Et il faudrait "retrouver qui il est", comme s’il y avait un mode d’emploi ?

Cette idée suppose qu’il existerait un "soi authentique" pur, qu’on pourrait retrouver comme on réinstalle une version d’origine.
Mais la psychologie du développement montre tout autre chose : les enfants se découvrent progressivement, en interaction avec leur entourage, et cette exploration est normale, fluctuante, vivante.

👉 Ce qu’on peut faire, ce n’est pas lui "faire retrouver qui il est", mais l’aider à reconnaître ce qu’il ressent, ce qu’il aime, ce qui l’anime, ici et maintenant.

 

 

🎯 Des conseils concrets, appuyés et clarifiés

 

✅ 1. Créer un climat de sécurité affective

👉 Pourquoi c’est important ?
Un enfant ne peut pas explorer librement ses ressentis s’il craint d’être jugé, corrigé, ou évalué à chaque instant.

🛠️ Comment faire ?

  • Réduire les injonctions implicites ("tu as toujours été le sage de la famille").

  • Offrir des temps d’échange sans enjeu, ni attente de résultat.

  • Tolérer les silences, les contradictions, les hésitations.

 

✅ 2. Valoriser ce qui le rend singulier

👉 Pourquoi c’est utile ?
Pas pour "exalter la différence", mais pour l’aider à repérer ce qui le mobilise, ce qui l’anime, ce qui le touche.

🛠️ Comment faire ?

  • Poser des questions ouvertes : "Qu’est-ce qui t’a plu là-dedans ?" "Pourquoi ?"

  • Reconnaitre les micro-élans : humour, curiosité, attention à un détail.

  • Ne pas enfermer dans un rôle ("il est toujours créatif / hypersensible / logique").

 

✅ 3. Accueillir ses émotions… et l’aider à les comprendre, les gérer...

👉 Pourquoi c’est central ?
Les émotions ne sont ni un guide infaillible, ni une gêne à faire taire. Ce sont des signaux internes utiles — à condition d’apprendre à les décrypter. Grandir c'est aussi apprendre à les maîtriser.

🛠️ Comment faire ?

  • Explorer ensemble : "Quand tu ressens ça, pourquoi l'exprimes tu ainsi ?" "Comment pourrais tu aussi l'exprimer ?"

  • Lier émotion, contexte et besoin. Pas d’interprétation rapide.

 

✅ 4. Lui offrir des espaces d’expression réversibles

👉 Pourquoi c’est structurant ?
L’enfant a besoin de tester, d’explorer, de jouer avec ses idées, sans être enfermé dans ce qu’il a exprimé la veille. Il évolue.

🛠️ Comment faire ?

  • Ne pas créer un enjeu définitif à tout ce qu'il dit, mais plutôt lui demander des explications et le pousser à réfléchir.

  • Accepter qu’il dise une chose un jour et son contraire le lendemain.

  • Ne pas analyser chaque production comme un "indice de sa vraie nature".

 

✅ 5. Encourager l’autonomie progressive

👉 Pourquoi c’est clé ?
Un enfant qui a été très adapté peut avoir pris l’habitude de chercher à "bien faire" plutôt qu’à choisir. Redonner une place à la décision soutient la construction de repères internes.

🛠️ Comment faire ?

  • Proposer des choix fermés mais réels : deux activités, deux manières de faire.

  • Valoriser le fait d’avoir osé choisir, même si le résultat n’est pas optimal.

  • Éviter de "corriger" ou de refaire à sa place, par exemple.

 

✅ 6. Être un miroir ajusté, pas un décodeur permanent

👉 Pourquoi c’est important ?
Les enfants HPI sentent souvent les attentes implicites. Mieux vaut éviter de leur imposer une image flatteuse ou figée d’eux-mêmes.

🛠️ Comment faire ?

  • Rester dans l’observation : "Je t’ai vu persévérer", plutôt que "Tu es le persévérant de la famille". Et éviter les jugements de valeur permanents.

  • Laisser place au doute, aux évolutions.

  • Créer un lien sécurisant sans sur-interprétation.

 

 

En conclusion :

Parler de connaissance de soi chez un enfant HPI, c’est délicat.
Ce n’est pas un retour à un soi perdu, c’est un accompagnement attentif dans un processus de découverte souple, multiple et changeant.

Le concept de faux-self peut éclairer certains cas sévères. Mais l’utiliser systématiquement comme grille de lecture crée plus d’angoisse que de solutions.
Ce que nous devons à ces enfants, ce n’est pas un mythe du "soi authentique à retrouver", mais un soutien lucide, stable, adapté, respectueux de leur rythme de maturation.

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