À l'ére où le divertissement instruit : la nouvelle économie de l’expertise
Aujourd’hui, la forme prend le pas sur le fond.
Le divertissement est-il devenu la seule porte d’entrée vers le savoir ?
Et si tel est le cas, cette porte permet-elle encore l’esprit critique ?
Ces questions ne sont pas de simples provocations. Elles traduisent une mutation profonde de nos modes d’accès à la connaissance.
La séduction de la forme
Sur les réseaux sociaux, ce qui se diffuse n’est pas forcément le plus solide, mais le plus attractif. Formats courts, vidéos virales, récits incarnés : tout est pensé pour capter l’attention avant même de transmettre du contenu. L’expert qui sait raconter une histoire touchera plus de monde que celui qui s’en tient à l’analyse rigoureuse mais aride.
L’illusion de savoir
Cette domination de la forme n’est pas neutre. Elle produit une illusion de connaissance : on confond l’émotion ressentie avec la validité du contenu. On retient une punchline, un slogan, une métaphore, mais on oublie l’argument ou la démonstration. Résultat : on like un récit séduisant, mais on n’exerce plus la distance critique nécessaire.
L’enjeu démocratique
Le divertissement n’est pas en soi un problème. Il peut être une porte d’entrée précieuse pour toucher de nouveaux publics et ouvrir le débat. Mais si cette porte devient la seule, alors le risque est clair : une expertise réduite à du contenu consommable, sans profondeur ni confrontation. L’esprit critique ne disparaît pas d’un coup : il s’érode, au fil des scrolls et des likes.
Alors, que voulons-nous vraiment ? Une expertise qui informe, éclaire et débat ? Ou une expertise qui se contente de divertir ?
C'est ce que j'explore dans mon article de recherche sur l'expertise qui sera bientôt publié sur Zenodo open science : "Typologie de l'expertise contemporaine en contexte : productifs, capitalisateurs et auto-institués"