Tu connais le burn-out washing ? Regarde, je te montre !
La def : Tout washing consiste à rendre quelque chose tout joli alors que c'est crado.
Mais deux questions méritent d'être posées : Que nettoie-t-on ? Et surtout : avec quoi ?
Oui, à force de dénoncer le washing, on finit par oublier de regarder avec quoi on lave.
Depuis des années, la prévention du burn-out est devenue un argument de communication pour tout un marché de l'accompagnement.
Posts / Coaching / Formations / résilience / mindfulness / gestion du stress / applications de bien-être / conférences / ateliers de prévention / groupes de paroles.
Les dispositifs se multiplient. Et ça, tout le monde se dit que c'est bien pour les travailleurs en souffrance.
Et avec eux, une promesse : nous agissons pour protéger la santé mentale.
Mais que valent réellement ces actions ?
En 2024, William Fleming, chercheur à l'Université d'Oxford, publie une étude portant sur 46 336 salariés dans 233 organisations britanniques.
Il compare le bien-être psychologique des salariés participant à ces programmes avec celui des salariés qui n'y participent pas.
Le résultat ?
Aucune différence fiable pour la plupart des dispositifs étudiés.
Les salariés qui participent à ces programmes ne présentent globalement pas un meilleur bien-être psychologique que les autres.
Et pourtant, ces dispositifs continuent d'être présentés comme des réponses à la souffrance au travail, pendant que les chiffres grimpent...
Alors...
Que nettoie-t-on ?
L'image des organisations (parfois), les pratiques managériales(parfois), les offres commerciales (beaucoup) et les politiques de prévention (totalement).
Avec quoi ?
Avec des dispositifs dont les bénéfices annoncés ne sont pas démontrés.
C'est le burn-out washing. Qui veut parier que bientôt, le slogan sera repris et retourné à des fins de communication ?
C'est l'opération par laquelle la prévention du burn-out sert à donner une apparence de responsabilité sanitaire à des pratiques, des discours ou des offres, sans que leur efficacité préventive ne soit établie.
Et le mécanisme possède un second étage de validation, car à force de présenter le burn-out comme un phénomène identifé, compris et que l'on sait prévenir car on connait ses signaux faibles, on contribue à installer l'idée qu'il s'agit nécessairement d'un phénomène scientifiquement validé et certains croient même que c'est une maladie.
On blanchit les pratiques avec le burn-out. Et le burn-out blanchit les pratiques.
La souffrance au travail, elle, reste bien réelle et à cause de cela elle progresse.
La prévention mérite mieux qu'une opération de communication.
Le problème n'est pas seulement qu'on vend la prévention d'un objet indéfini. C'est que la vente de sa prévention contribue à convaincre le public que cet objet est parfaitement défini.
Référence scientifique : Fleming, W. J. (2024). Employee well-being outcomes from individual-level mental health interventions: Cross-sectional evidence from the United Kingdom. Industrial Relations Journal, 55(2), 162–182.
Dossier sur 50 ans de science du Burn-out : FAKING BURN-OUT (en accès libre, tape son titre dans google)