Toi comme ton ado tu t'es dit : comment savoir qui on veut être plus tard, quand on ne sait même pas qui on est ?
Non mais ce n'est pas une question d'annonce pour attirer ton cerveau sur ce sujet, c'est une vrai question pour toi.
Elle repose surtout sur une conception très particulière de l’identité.
Elle suppose qu’il existerait, quelque part à l’intérieur de l’adolescent, un « vrai soi » déjà constitué, qu’il faudrait d’abord découvrir.
Comme si l’identité précédait les expériences, les choix, les rencontres, les cadres de vie et les transformations.
Et elle suppose ensuite qu’une bonne orientation consisterait à faire correspondre ce soi avec une destination future : d’abord savoir qui je suis, ensuite choisir ce que je deviendrai.
C’est précisément le problème.
On ne choisit pas son avenir à partir d’une identité achevée.
On se forme aussi à travers les choix, les cadres et les expériences que l’on traverse.
Un adolescent ne pourra donc jamais savoir définitivement « qui il est ».
Et pas parcequ’il manquerait de maturité, de connaissance de lui-même ou de confiance.
Et toute une mécanique de l'orientation (insertion) usuelle peut alors se mettre en place.
L’orientation devient une recherche d’identité préalable, un recueil de gouts, de compétences et d'envies.
Des identités adoptables viennent fournir des réponses : je suis créatif, j'ai l'esprit scientifique, je suis fait pour être entrepreneur, ou fait pour aider les autres…
Les environnements, les attentes, les récits et les catégories disponibles contribuent ensuite à rendre certaines réponses plus évidentes que d’autres.
Et une fois une identité professionnelle adoptée, elle peut devenir très contraignante jusqu'a vouloir s'en échapper, au bout de deux ans d'étude ou 10 ans d'activité.
L'effet pervers, c'est qu’à force de les faire chercher ce « vrai soi » introuvable, certains finissent par croire qu’ils ne se connaissent pas assez et justifient ainsi leur errance vocationnelle.
Ce n'est pas l'errance le problème c'est la méthode d'orientation et les bases réflexives usuelles qui sont à côté de la plaque sous des airs de "J'ai tout compris". Et ça donne depuis 50 ans et plus, des gens qui se réveillent dans leur boulot en se demandant où le sens a bien pu passer.
Petits et grands multiplient alors les tests de personnalité, de maturité, de gouts, cela déborde d'internet, puis les labels, les bilans et les récits identitaires pour espérer obtenir la certitude qu’on leur a appris à chercher.
On produit leur incertitude avec une mauvaise théorie de l’identité relayée partout en substance, puis on leur propose des instruments pour résoudre l'indiscernable.
Mon accompagnement à l'orientation et la réorientation prends le problème totalement differemment !