Oui, votre ado vous balade s'il dit se ficher de ses mauvaises notes. Explication et apports des neurosciences...
Seuls les élèves qui ont des mauvaises notes disent ou se comportent, comme s'ils s'en foutaient ?
Et cela vaut, quels que soient le lien avec l'effort et la quantité de travail. C'est lié au système.
En effet, c'est mal connaître la psychologie humaine que de croire qu'un individu, dans un système de notation, va se foutre de sa mauvaise note lorsqu'il est en compétition avec d'autres.
C'est justement l'intérêt de ce système, c'est pour cette exacte raison qu'il est mis en place. C'est démontré par de nombreuses études en psychologie, pour favoriser l'engagement et la compétition, mettez les individus en concurrence avec des indicateurs de performances ou d'efficacité chiffrés. Le Dr. Tali Sharot neuroscientifique a l'"University College London" et professeur invité à Harvard, a d'ailleurs présenté ses recherches dans une conférence tedx, à regarder pour comprendre donc, dans un format accessible (lien dans Bibliographie).
Alors soyons clair, je considère que ce système de notation scolaire pour évaluer les connaissances est ubuesque et j'ai écrit sur ce sujet à plusieurs reprises, mais tant qu'il n'évolue pas, il faut bien s'y adapter.
Par contre, différentes stratégies entrent en jeu, au niveau de la posture et des représentations.
Ce que l'ado peut dire : "de toute façon, je suis nul", "ça sert à rien d'apprendre ça", "le prof est nul", "j'ai pas noté".
C'est à chaque fois une tentative de décorréler, note, égo, quantité de travail et de rediriger la pression qu'il subit dans ce système.
L'objectif pour lui, c'est de ne pas travailler plus et comme c'est le parent qui va l'inciter à le faire, alors, il tente de créer une dissociation entre travail et note. Si le parent s'engouffre, hop, c'est gagné.
Les raisons peuvent être multiples, mais souvent, c'est une volonté de faire accepter au parent qu'il n'y a rien à faire et que plus de travail ne changerait rien.
Bref, justifier sa note, sans vouloir faire le lien avec le travail (ni en termes de qualité, ni en termes de quantité).
Nous pouvons imaginer beaucoup de scénarios, qui mettent en lumière différents types de mécanismes, avec différents objectifs selon les cas.
-Protéger son ego : dire "je ne travaille pas" permet de masquer une difficulté réelle ou d’éviter la douleur d’un échec après des efforts.
-Dissonance cognitive : s’il a fourni des efforts et que la note ne suit pas, il est plus simple de rejeter l’importance du système de notation que de remettre en question sa méthode de travail.
-Évitement du conflit parental : faire semblant de s’en moquer peut désamorcer les tensions avec des parents exigeants ou déçus.
-Peur du jugement social : dans certains groupes, il vaut mieux être vu comme un "génie feignant" que comme un "bosseur médiocre".
-Impuissance apprise : après plusieurs efforts infructueux, il peut en venir à croire que "travailler ne sert à rien".
-Motivations alternatives : certains élèves ne sont pas motivés par la note, mais par l’intérêt du sujet, la reconnaissance d’un professeur ou un projet futur.
-Besoin de contrôle : refuser de jouer le jeu de l’école peut être une manière de s’affirmer et d’exister en dehors du cadre imposé.
-Contexte familial : si l’entourage ne valorise pas les résultats scolaires, la note devient un non-sujet.
Ces éléments de compréhension peuvent permettre de trouver des solutions, mais la solution qui explique qu'il faut se désintéresser des notes et l'afficher clairement à son ado est une erreur.
L’idée selon laquelle un ado chercherait inconsciemment à attirer l’attention en échouant est parfois vraie, mais extrêmement rare. Si un adolescent décroche, ce n’est pas nécessairement parce qu’il veut plus de présence parentale.
Selon moi voici les éléments sur lesquels il est utile de se pencher :
L’absence de lien perçu entre effort et résultat : Pourquoi s’investir si le travail ne garantit pas le succès ?
Le manque de sens des apprentissages et d'objectif : Un élève qui ne comprend pas l’utilité de ce qu’il apprend aura du mal à s’impliquer.
Dans un système où l’on met l’accent sur la note plutôt que sur la compréhension, il n’est pas rare que des élèves décrochent non pas parce qu’ils s’en moquent, mais parce qu’ils n’ont jamais appris à structurer leur apprentissage.
De temps en temps, on cherche des explications extérieures, mais l’idée qu’un adolescent évite de briller pour ne pas être exclu de son cercle d’amis est parfois réelle mais certainement pas générale… elle relève plus d'une croyance qui permet de ne pas approfondir.
Et elle n'amène surtout pas à penser des solutions efficaces.
La vraie question n’est pas tant de savoir si en effet "ses amis vont le juger", mais plutôt de s'interroger sur "comment perçoit-il la réussite scolaire ?" :
>Si elle est une source de fierté personnelle, il s’y investira peu importe le regard des autres.
>Si elle est vue comme une contrainte extérieure, il aura tendance à la rejeter.
Valoriser l’effort est essentiel, mais ignorer complètement les résultats tangibles dans un système de notation peut être une erreur. Les notes, aussi imparfaites soient-elles, restent un repère concret de progression.
Un élève ne peut pas évoluer avec un feedback flou du type "Bravo, tu as fait des efforts !" sans savoir ce qui fonctionne réellement et ce qu'il doit améliorer dans son organisation, son environnement ou ses méthodes de travail.
Il a besoin de comprendre les liens entre ce qu’il fait ou ne fait pas et ce qu’il obtient.
La clé n’est donc pas d’ignorer les notes, mais d’apprendre à les décoder. Car elles font partie d’un élément connexe primordial : celui de l’attendu.
L'attendu, c'est ce à quoi il devra faire face dans la vie, son futur métier, ses relations. et dans tout système de production, c'est indissociable de la notion de rendu. Pensez à votre mémoire de M2 ou à une thèse de recherche.
Le rendu doit s'inscrire dans le cadre de l'attendu.
Non, on ne dira pas au doctorant, c'est bien, bel effort !
Et encore moins s'il est à côté du type de travail attendu pour une thèse et que son rendu est en plus de médiocre qualité.
Et en entreprise, votre manager valorisera l'effort plutôt que le résultat ? Le fait que le dossier ait été fait ou sa qualité et la vente qui va en découler ?
L'effort en soi, n'a pas de sens sans objectif et sans cadre d'attendu et de rendu, et à fortiori une note...
Vous me suivez ?
Si un élève analyse et comprend pourquoi il a eu une mauvaise note, il sait comment progresser.
Si l’attention est uniquement portée sur l’effort, il peut stagner sans méthode et surtout sans objectif.
L'effort est différent d'une progression automatique !
Autre raccourci fréquent : plus on fait d’efforts, plus on a de bonnes notes.
En réalité, ce n’est pas la quantité de travail qui compte, mais la manière dont il est investi. Et ça, cela fait 20 ans que je le constate en accompagnant des étudiants sur leur méthode de travail et leur environnement.
Un élève peut passer des heures sur ses devoirs sans progrès s’il ne dispose pas des bonnes stratégies d’apprentissage.
Mais ça va plus loin, parfois, c'est jusqu'à l'alimentation et le temps de sommeil ou d'écran qu'il faut aller s'interroger...
Pour que l’effort paie, il faut :
- Une organisation efficace (gestion du temps, planification).
- Une méthode de travail adaptée à son fonctionnement cognitif.
- Des objectifs clairs et mesurables pour éviter la démotivation.
Ce n’est donc pas l’absence d’effort qui mène à l’échec, mais souvent un manque d’outils adaptés.
Il est primordial ici de ne pas simplifier la complexité !
Que faut-il retenir ?
Plutôt que d’ignorer les notes ce qui est un non-sens, il faut les relativiser, les mettre en perspective et aider l’ado à comprendre leur nature, leur subjectivité et ce qu’elles reflètent vraiment. Ensuite, il faut l'aider à développer un lien entre son objectif, la qualité de travail, le temps de travail et l'attendu.
Voici cinq références bibliographiques pour approfondir sur l'impact des systèmes de notation sur la motivation (intrinsèque et extrinsèque) et la compétition :
Nicolle, G. (2016). Influence des notes sur la motivation des élèves. Mémoire de Master, Université de Caen Normandie.
Merle, P. (2012). L'évaluation par les notes : quelle fiabilité et quelles réformes. Regards croisés sur l'économie, 2(12), 218-229.
Bourgeois, N. & Saint-Pierre, H. (1997). La compétition et la motivation aux
études en milieu universitaire. Revue des sciences de l’éducation, 23(2), 327–343.
Micha, E., Sekar, S., & Shah, N. (2024). What is Best for Students, Numerical Scores or Letter Grades? arXiv preprint arXiv:2406.15405.
Merle, P. (2024). Revoir la notation des élèves. Constructif, (2), 56-61.
T.Sharot (2014) Motivate and change behaviors (not original title) . Voir Tedx video on youtube here : https://youtu.be/xp0O2vi8DX4