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L'exigence n'est pas négociable !

À propos de l’auteur

Formé, mais éternel étudiant des fonctionnements humains et organisationnels, il articule depuis près de 25 ans psychologie du travail, ergonomie, philosophie, psychanalyse et coaching, au service d’une compréhension systémique et transdisciplinaire du travail et de l’épanouissement. Il publie en open science sur les enjeux d'orientation, de santé mentale et de qualité de vie au travail (QVT), à travers une approche ancrée dans les sciences sociales — notamment le Max-out et l’Orientation Professionnelle Désassignée. 👉 Cliquez pour accéder à : Toutes les publications

De la nouvelle expression des ados "PNJ" à la pensée critique : Et si ils rejouaient un script social pour mieux le questionner ?

Il répète inlassablement une réplique, suit une trajectoire prévue, et n'interagit qu'à l'intérieur d'un scénario qu'il ne maîtrise pas : le PNJ (personnage non-joueur) n'est pas dépourvu d'action, mais sa marge d'initiative est délimitée par un script. Dans l'univers du jeu vidéo, il occupe une fonction clé : guider, informer, colorer le décor, mais toujours sans sortir du rôle assigné. C'est ce symbole que les jeunes ont décidé de rejouer, dans un geste à la fois ironique et profond, pour dire leur rapport au monde social.

Figure d'éveil à la pensée ?

Ce qui peut apparaître comme une simple tendance TikTok traduit en réalité une forme d'émergence silencieuse de l'esprit critique. En singeant le PNJ, les jeunes ne s'en moquent pas : ils mettent en scène le fonctionnement même des rôles sociaux auxquels ils sont confrontés. Enseignant déconnecté, parent répétitif, conseiller d’orientation sans écoute : autant de figures assignantes, perçues comme agissant dans un monde programmé.

Ce que ces mimes dénoncent sans discours théorique, c’est la faiblesse de la marge d’initiative laissée au sujet. Le PNJ, en tant que symbole, devient un outil de réflexivité : il donne à voir la scène sociale comme un décor scripté, où chacun est censé réagir selon les attentes pré-établies. Le choix de le mimer, de l’imiter jusqu'à l'épuisement, marque une tentative de prise de recul sur cette mise en scène du quotidien. En ce sens, ce n'est pas une dépolitisation, mais une manière contemporaine de penser : sans thèse, sans revendication, mais avec une acuité sur les formes implicites du pouvoir.

Montrer en mimant, exposer par la répétition ?

Le geste est performatif : en exagérant les attitudes du PNJ, les jeunes activent un régime de révélation par le ridicule. Il ne s'agit pas de critiquer en argumentant, mais de faire apparaître l'absurde par saturation. L'effet est similaire à ce que produit le grotesque en art : l'étrangeté révèle la norme.

Répéter un geste sans intention, mimer une réplique sans âme, c'est rendre visible la vacuité de certaines interactions sociales. Cette technique de mise en scène a une portée critique puissante : elle expose ce qui, d’ordinaire, passe pour évident. Et dans le champ de l'éducation, cela devient une mise à nu des scripts imposés : discours scolaires décontextualisés, injonctions à l'orientation sans dialogue, répétition de modèles inopérants.

Le PNJ, loin d'être une simple caricature, devient un opérateur de critique par l’accumulation et le décalage. Il peut représenter la fatigue d’être réduit à une fonction, à un script, à une trajectoire dictée.

Scénarisation en jeu : le jeune face à l'automatisme

Dans le domaine de l'orientation scolaire, les parallèles sont nombreux notamment par la question de la mise en récit. La plupart des dispositifs actuels parlent au jeune comme s’il était lui-même un PNJ : on attend de lui des réponses prévisibles, des choix dans un menu limité, une trajectoire modélisée. Test, fiche métier, algorithme : tout semble programmé.

En singeant le PNJ, les jeunes ne font pas que rire : ils signalent que ce modèle ne les touche plus, ne les reconnaît pas. C'est une manière de dire "je vois bien votre scénario, mais il n'est pas le mien". La critique est subtile, mais réelle. Elle nous invite à repenser les dispositifs, non en termes d'efficacité, mais de reconnaissance.

Est-ce un subversion douce ?

Peut-être faut-il prendre ces mèmes au sérieux, non pour ce qu'ils disent explicitement, mais pour ce qu'ils laissent deviner : une volonté de desserrer l'étau des rôles préfabriqués, une façon de reconquérir une manière de voir, d’habiter et de penser le monde.

Et si, finalement, la pensée critique contemporaine naissait aussi dans ces recoins ludiques, dans ces gestes absurdes, dans ces figures renversées ? Ce n’est peut-être pas un refus de penser. C’est, au contraire, une invitation à penser autrement.

Références :

Foucault, M. (1981). L’herméneutique du sujet. Cours au Collège de France.

Pasquier, D. (2005). Cultures lycéennes. La tyrannie de la majorité. Autrement.

Frau-Meigs, D. (2011). L’éducation aux médias dans un environnement numérique. UNESCO.

Numerama. (2023). Qu’est-ce qu’un PNJ sur Internet ?

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