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L'exigence n'est pas négociable !

À propos de l’auteur

Formé, mais éternel étudiant des fonctionnements humains et organisationnels, il articule depuis près de 25 ans psychologie du travail, ergonomie, philosophie, psychanalyse et coaching, au service d’une compréhension systémique et transdisciplinaire du travail et de l’épanouissement. Il publie en open science sur les enjeux d'orientation, de santé mentale et de qualité de vie au travail (QVT), à travers une approche ancrée dans les sciences sociales — notamment le Max-out et l’Orientation Professionnelle Désassignée. 👉 Cliquez pour accéder à : Toutes les publications

Le sens ne protège pas, il enferme.

Pendant longtemps, une grande partie des penseurs a cru que le sens protégeait (moi également). On a pensé que mettre en mots, élaborer, relier l’expérience à une histoire intelligible permettait déjà de sortir de l’emprise, alors que cette production de sens pouvait aussi fonctionner comme une fermeture propre, socialement tenable, cliniquement rassurante, qui rendait la souffrance lisible sans jamais remettre en cause ce qui l’organisait.

Le problème est là, et il est bien plus sidérant qu’une simple erreur de diagnostic. Car lorsque le sens devient le principal opérateur de stabilisation, il ne libère pas forcément le sujet du cadre qui le produit, il lui permet souvent d’y tenir sans s’effondrer, donc aussi d’y rester, d’y circuler, d’y souffrir de manière compréhensible et même parfois valorisable.

C’est pour cela que certaines approches ont pu croire libérer la parole alors qu’elles en fixaient surtout les formes recevables. Elles rendaient la plainte pensable, la détresse racontable, la conflictualité traduisible, mais dans des formats qui permettaient aussi au système de continuer à fonctionner avec une souffrance devenue administrable, visible juste assez pour être traitée, jamais assez pour redevenir politiquement ou théoriquement ingouvernable.

À partir de là, le déplacement exigé est beaucoup plus important que ce qu’on imagine. Il ne consiste plus à dire qu’un professionnel se serait trompé sur tel ou tel cas, il consiste à montrer qu’il a pu se tromper sur sa propre manière de comprendre, sur la place qu’il accordait au sens, sur la nature même de ce qu’il prenait pour une prise sur le réel.

Ce renversement est difficile à accepter parce qu’il atteint le socle narcissique des métiers de l’écoute, de l’analyse et de l’accompagnement et celui des théoriciens. Il oblige à envisager que ce que l’on appelait parfois compréhension, lucidité, profondeur ou fidélité à l’expérience n’était pas toujours une sortie du cadre, mais parfois une manière plus sophistiquée d’y tenir, en donnant à la souffrance une forme supportable, transmissible et compatible avec les limites du champ.

On peut passer des années à croire que le sens nous guide, alors qu’il nous attache par une laisse. On peut croire s’orienter avec une boussole intérieure propre, alors qu’on avance déjà dans les limites d’une laisse.

Ceci n'est pas un article isolé, il est le fruit d'une architecture théorique complète accessible via mes travaux.

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