Du rien à la souffrance
Génération et régulation émotionnelle par narration compensatoire
Philippe Vivier
Independent Researcher
Publié : 15 décembre 2025
Version : v2
DOI : https://doi.org/10.5281/zenodo.17976620
Type : Essai théorique transdisciplinaire
Résumé
Ce travail formalise une thèse centrale : l’émotion se fabrique par narration compensatoire. Entre un signal et l’émotion, le cerveau produit un microrécit qui donne une forme à l’indétermination et rend l’expérience praticable. Face aux signaux sous déterminés, et plus largement face aux situations qui restent partiellement ouvertes, cette micronarration se relance en boucle jusqu’à imposer une configuration narrativo corporelle suffisamment stable pour générer une valence émotionnelle exploitable pour l’action. Le récit ne suit pas l’émotion. Le parcours émotionnel émerge de cette opération.
Cette narration ne commente rien. Elle opère.
Le modèle formalise un point aveugle qui traverse une grande partie des cadres mobilisés en psychologie de l’émotion, de Festinger à Barrett, de Lazarus à Frijda. Le point aveugle tient à une cause simple : l’émotion est traitée comme un donné à expliquer, à évaluer, à catégoriser, à moduler. L’instant de fabrication, le moment où une situation ouverte devient une forme émotionnelle praticable, reste peu isolé comme opération autonome. La narration compensatoire prend ce moment comme objet central et en décrit l’architecture.
Le texte en tire des implications cliniques, notamment après trauma, en posant le détricotage des microrécits, par explicitation et transformation, comme levier de travail. Comprendre le régime ne transforme pas le régime. La portée dépasse le trauma. Elle vise un monde saturé de signaux évaluatifs partiels et ambigus, où la relance devient la norme, et où l’émotion se produit à la chaîne.
V2 : verrouillages et durcissements conceptuels, périmètre explicite du modèle, niveau d’analyse fonctionnel psychologique, distinction opératoire narration versus appraisal, statut épistémique assumé, critères de testabilité et conditions de mise à l’épreuve. Intégration critique du modèle de régulation émotionnelle (Gross, 1998b ; 2015b) pour préciser la distinction entre régulation séquentielle et génération narrative. Développement de la critique de la « situation close » : ajout de la notion de sédimentation pour décrire la latence des configurations narrativo-affectives, par opposition à la linéarité temporelle des modèles d'appraisal classiques.